Bonjour les amis,
Bon !
Vu que les anecdotes concernant mon nouveau job remportent un certain succès, j’ai créé une nouvelle rubrique exprès.
Dans le pavé « catégories ». C’est à gauche, en bas.
Ça y est ? z’avez vu ?
Allez, on attaque :
Dès ma deuxième semaine dans mon nouveau job délire, mon boss, « Alexandre le Redoutable », m’a réservé une surprise de taille.
Il est arrivé un matin avec un gros dossier dans les mains et m’a lancé :
-
« ----------- »
Oui, rappelez-vous le précédent article, on n’entend jamais ce qu’il dit !
Il chuchote avec l’énergie d’un bigorneau mort…
J’ai donc, comme d’habitude, hurlé :
-
COMMENT ?????
Oui, le hurlement, c’est pour essayer de lui faire augmenter son volume, genre « message subliminal ». Voyez le truc ?
Et là, il me colle son dossier dans les mains avec un sourire large comme la proue du Titanic.
Il finit par murmurer : (j’ai augmenté le son 200 fois pour que ce soit lisible) :
-
Tiens Pascal, c’est l’appel d’offres pour la société X. C’est un très gros dossier, on n’a pas le droit de le perdre ! C’est toi qui vas faire la réponse : TOUT SEUL. Comme ça, ça
t’entraînera !
Là, un frisson glacial me dégringole l’échine.
Je déglutis avec le bruit d’une botte en caoutchouc qu’on arrache de la vase d’un marais.
Mes différents sphincters se relâchent plus ou moins, occasionnant des dégâts irréversibles dans mes sous-vêtements.
Je commence par laisser couler un long filet de bave de ma bouche ouverte, puis je bredouille :
-
Mais… mais…. Je ne suis pas encore formé… il faut que tu m’aides, comment veux-tu que je m’en sorte ?
Là, il fait « hé hé » d’un air très digne et me balance :
-
Groumpf ! T’es sûr ? Pourtant, c’est fastoche ! Bon allez, OK, viens à mon bureau à 14h, je t’aiderai !
Dont acte !
A 14h je me pointe plein d’espoir à son bureau (donc : un petit pas de côté de 17cms) , priant à mort pour qu’une aide providentielle me tombe du
ciel.
Il faut dire qu’entre temps, j’ai eu le temps de lire le dossier.
Il y a environ 50 questions vachardes dont la plus simple est :
-
Votre produit est-il capable de « scrofuler » un protocole « biafrosoné » en utilisant la racine cubique du titane en fusion divisée par le port Ethernet en FTP de sa
mère, ou bien vaut-il mieux azimuter les diaphragmes thermo disjonctés en utilisant le théorème du « groflub nucléaire, à incandescence variable », les jours de pluie en gobant
des carottes crues et en fredonnant le dernier tube (irritant) de la « Starac de ses oreilles » ?
-
Décrivez les différentes hypothèses de câblage à travers des tas (mais alors des tas, hein, les gars ?) de schémas tridimensionnels à l’échelle 8000/652ème, en utilisant du sang
de hérisson irradié. La réponse devra être dansée à cloche-pied autour d’un cerisier nain, les bras enduits de moutarde de Dijon en criant :« oulala,
çagonflamort ! »!
-
Le soumissionnaire devra indiquer, en plus de la taille de son slip avant et après usage, le coefficient de rétractation de son proxy « binoculé » (de frais) via une cage de résonnance
ambivalente à l’hélium solide, alimentée par un double réservoir de neutrons réagissant à 24 gigawatts octets par soirée de pleine lune, à condition de ne pas réchauffer les raviolis au
micro-ondes !
-
Question subsidiaire : et le « golioutz à clanure extrême », vous le faites bien, les samedis soirs de biture ? hein, tas de feignasses ?
Et ça, c’est une question !
Vous vous rendez compte ????
J’arrive donc au bureau d’Alexandre le Redoutable avec autant de fièvre et d’espoir qu’un naufragé qui essaye de choper une bouée, et je commence à étaler le
dossier sur son bureau.
Là, il m’arrête d’un geste auguste de la main et me miaule un truc, qui amplifié 8000 fois avec le matos et les enceintes du dernier concert d’Iron Maiden,
donne :
-
Tu vas aller sur notre site Web. Tu devrais trouver à peu près toutes les réponses ! Ça te fera un très bon exercice pour te former à la technique en accéléré ! Mais, fais gaffe,
hein ! pas question de le perdre, ce dossier-là ! Allez dégage, j’ai un truc à voir sur « Boursorama ». Vite, bouge ! Aujourd’hui, avec tes conneries, je n’ai gagné que
123 569 euros en boursicotant et ça m’agace ! Qu’est-ce que tu fous ? T’es encore là ?
Là, mes sphincters se relâchent définitivement !
Je retourne à mon bureau dégoulinant de sueur (et autres trucs moins avouables : on est au boulot, quand même !) et je décide de m’y
attaquer.
Le cauchemar ne faisait que commencer !
Imaginez qu’on vous balance un dictionnaire de « Français-Mandarin » dans les mains et qu’on vous dise : prépare le discours du président
chinois à l’ONU pour demain matin !
Flippant ! isn’t it !
Mais bon, heureusement, durant une journée entière, je n’ai fait que ça, en improvisant la plus belle série de « copié-collé » de ma vie.
Deux jours après, harassé, gavé de Doliprane, les yeux cernés, le slip composté, pas rasé, l’haleine chargée, l’eczéma en ébullition (vu que ça énerve, tout
ça !) et la cravate de traviole, Je retourne le voir.
J’avais (miraculeusement) triomphé (enfin presque) du truc !
Coup de bol, le directeur technique m’a vachement aidé.
Ça ne m’a coûté que : 3 containers de Pépito, 12 tonnes de Mars, 300 boîtes de Ferrero Rocher, 15 camions de Bounty, une brouette de Twix, quelques
paquets familiaux de M&M’s, une palette de Milky-Way et quelques congélos remplis de « Magnum au caramel XXL ».
Oui, car le directeur technique aussi, est très rusé !
Sympa, certes !
Mais rusé, le bougre !
Il réclame un chocolat par réponse !
Ma paye de janvier y est passée !
Mais je ne regrette pas l’investissement, ça valait le coup !
Et encore, je flatte, mais juste pour dire, car il ne l’écrit pas, la réponse !
Il faut la choper avec un dictaphone et tenter de la reformuler par écrit !
En plus comme il est toujours débordé, on a l’impression, dès qu’on approche, qu’on va se faire mordre (d’où le paravent-rempart de chocolats !)
Donc, la mine défaite, le slip ruiné mais le moral en hausse, je ramène ma copie à Alexandre le Redoutable. Encore épaté de m’en être sorti en à peine trois
nuits blanches !
Là, il lâche « Boursorama » en soupirant, prend mes papelards et, en grimaçant d’ennui, se met à les étudier.
Une heure plus tard, il me convoque en faisant « hé hé ! » d’un air très digne.
Il a tout lu et annoté.
Pour l’occasion, il me prend à part en salle de réunion.
Et là, il commence par :
-
Bravo ! c’est génial ce que tu as fait. En à peine dix jours de présence dans la boîte, chapeau ! Vraiment c’est de l’excellent boulot ! nickel ! Il y a juste un ou deux
points à corriger, mais c’est cool ! Tu vas voir, les corrections, c’est que dalle ! Bravo, t’es un champion !
Et là il ouvre le dossier.
Je découvre toutes mes pages remplies de ratures, de coups de stylo rageurs et d’annotations du genre :
-
Là, tu ne réponds pas à la question
-
Là, tu es hors sujet !
Puis très vite, dès la page 3, les ratures s’amplifient et les remarques montent en puissance :
-
Tu le fais exprès ?
-
T’as revendu ton cerveau ?
-
Tu veux une baffe ?
-
T’as subi une lobotomie ?
-
Tu veux mon poing dans la g… ?
Et ça continue crescendo durant 16 pages.
La dernière page, il l’a déchiquetée devant moi, avec les dents, en hurlant de rage.
J’ai même crû qu’il allait se transformer en loup-garou ou en Hulk !
Je m’attendais à le voir verdir, les muscles gonflant à mort, en train de déchiqueter sa chemise et de me dire :
« Wouargh ! Va-t-en, je me transfoooooooooooorme ! wouargh ! »
Pis non ! il s’est calmé et a juste fait « hé hé » d’un air très digne !
Mais, en clair, seule la date figurant en en-tête était correcte !
Puis, il s’est calmé, a affiché un large sourire, a refait « hé hé » d’un air très digne (pour la route !)et m’a congédié d’un geste auguste
de la main.
En clair tout était à refaire !
Et hop, une nouvelle journée de taf !
Super cool, non ?
Enfin, à la cinquième mouture, il a fini par valider, en grognant un truc inaudible (cette fois : tant mieux !)!
Toutefois, en conclusion, il m’a regardé avec un air redoutable et m’a balancé :
-
Avec tout ce que je t’ai aidé, sur ce coup-là, t’as aucune excuse pour perdre l’affaire ! allez dégage !
Ravi de toute cette gratitude exprimée avec amour et entrain, j’ai parcouru en trottinant les 17 cms me séparant de son bureau, et j’ai attaqué les 67
dossiers en retard, qui avaient dû rester en souffrance durant tout ce temps.
C’est alors que neuf minutes plus tard, Alexandre le Redoutable a levé les yeux et m’a balancé d’une voix onctueuse et lourde de menaces :
-
Ça y est ? J’espère que depuis tout à l’heure, t’as épuré les 67 dossiers en retard ? Qu’est-ce que tu glandes, feignasse ?
Puis, il a fait « hé hé ! », d’un air très digne !
Un bonheur !
Le mot de la fin :
Je commence les antidépresseurs cette semaine, ça devrait aller beaucoup mieux, hi hi !
PS : où est passé mon Beretta ?
Biz à tous
Pascal
Qu’a pas intérêt à perdre l’affaire !