Bonjour les amis,
« Il s’appelle Raymond et il habite à l’île d’Oléron. »
Je voulais aujourd’hui vous raconter une belle histoire.
Enfin, moi je la trouve belle…
C’est juste une aventure humaine dont je suis l’heureux bénéficiaire et que je souhaitais partager avec vous.
Il y a un mois, mon éditeur a reçu un courrier qui m’était adressé.
L’assistante m’envoie un mail pour me le signaler.
Nous étions à ce moment-là en plein bouclage de mon second polar et je passais souvent dans leurs locaux.
A ma visite suivante, elle me remet la lettre.
Elle émanait d’un certain Raymond, habitant l’île d’Oléron.
Je me saisis de la feuille et je découvre un courrier manuscrit.
L’écriture est tremblante et incertaine.
Ce monsieur m’explique qu’il a découvert mon premier polar via l’association des Amis de San-Antonio. Il a beaucoup aimé et souhaite maintenant se procurer
la suite.
Détail amusant, il est le membre n°231 et moi le n°237, ce qui signifie que nous faisons tous deux partie du club depuis plus de dix ans.
Son courrier est enthousiaste et sympathique.
Il commence en me disant qu’il est un « vrai poulbot de Ménilmuche », ce qui se traduit de l’argot par : un gavroche, ou un gamin des rues,
originaire de Ménilmontant.
Ensuite, il se confond en compliments sur mon bouquin.
Ce qui pour moi, je vous l’ai déjà dit, est la plus belle des récompenses, qui va bien au-delà de tout le reste…
Il m’arrive de recevoir des mails de lecteurs qui souhaitent me témoigner leur sympathie.
Mais là, c’est une première.
Ce monsieur a pris son stylo, une feuille, s’est débrouillé pour trouver l’adresse de mon éditeur et a même joint des timbres pour la réponse…
Je me rends compte, à la lecture de sa missive, qu’il doit être assez âgé. En témoignent ses expressions purement argotiques et parisiennes, dont je raffole
tant.
Chronologiquement, ça tombe bien.
Mon second polar sort juste de l’imprimerie.
Touché par sa démarche, je décide de lui en offrir un exemplaire et de lui joindre une petite lettre sympa. Après tout, ma première lettre manuscrite de fan,
ça se fête !
Et puis, qui sait, ça me portera peut-être bonheur !
Ouais ! Moi je crois à ce genre de conneries, vous pouvez ricaner, je m’en fiche, na !
Dont acte.
Durant quinze jours, je n’ai plus aucune nouvelle.
Et puis avant-hier, je reçois chez moi une longue lettre.
Fort émouvante.
Durant deux longues pages : il me raconte, il se raconte.
Il a pris son temps pour déguster mon tome 2.
Et ça l’a rendu, je cite : « Euphorique ».
Tout ça pourrait sembler banal, sauf que dans mon courrier je lui avais demandé s’il serait présent à Grenoble, lors de la prochaine assemblée générale des
Amis de San-Antonio, en juin prochain.
Ce qui aurait été une sympathique occasion de se rencontrer.
Et là, navré, il me répond que sa santé ne le lui permet plus de voyager.
Qu’il oscille (en ais-je déduit, selon les éléments qu’il m’indiquait) entre 75 et 80 ans et qu’il « se maintient sous oxygène ».
Là, mon cœur se serre.
Mince, l’est pas en super forme, l’aminche !
Mais il ne se plaint aucunement.
Il me le signale juste. C’est un fait, point barre.
Il ne râle pas, il ne s’en prend à personne, il est juste content.
Ni plus ni moins.
Sa lettre est pleine de gentillesse et de poésie.
Ni triste, ni larmoyante.
Il me parle de sa passion pour Frédéric Dard, dont il possède tous les livres, de sa jeunesse, des paysages qui changent, dévorés par l’urbanisation à
outrance qui défigure nos plus belles régions...
Il évoque sa vie à Oléron, le temps qui passe.
Il me parle des martinets et des bergeronnettes, des rouges-gorges qui voletaient autour de l’église et venaient picorer sur les bords de ses fenêtres, de la
douceur des soirées d’été et du pépiement des grappes d’hirondelles perchées sur leurs câbles électriques…
En lisant mes livres, il s’était évadé quelques heures et tenait juste à me remercier pour ça.
Et là, je sens deux larmes dégouliner sur mes joues pas rasées.
Je comprenais mieux l’écriture tremblotante de ses lettres.
Toute la délicatesse et la pudeur d’un homme qui au lieu de s’apitoyer sur son sort, comme il serait en droit de le faire compte tenu de sa santé précaire,
se contentait d’être gai et gentil.
De relever le beau, le positif, le chaleureux et le tendre…
Ça m’a fichu une sacrée claque.
Et ça m’a fait drôlement plaisir.
D’un coup, ça donnait un sens nouveau à ma toute petite écriture de rien du tout.
J’ai pris conscience qu’écrire, ça sert aussi à ça, donc !
Je découvrais que je pouvais, très modestement, apporter un peu de plaisir à un vieux monsieur malade.
Avec mes petits livres, offrir juste un peu de distraction, d’évasion et de plaisir...
Ben merde, j’avais pas pensé à ce cas de figure !
Rien que de l’écrire, plusieurs jours après, je sens encore ces deux putains de larmes dégringoler le long de mes joues…
J’suis con, hein ?
Je me suis senti vraiment bien, ce soir-là. Presque fier.
Comme si j’avais contribué, même un tout petit peu, à faire quelque chose de bien.
Au sens large, comme ça, pour rien et pour tout à la fois.
Pour quelqu’un d’autre, vous comprenez ?
Comme ça, juste une aventure humaine, pour l’esprit « San-Antonio ».
Parce que c’est ça, l’esprit de Frédéric Dard : de l’amour délibéré, sincère et offert de bon cœur…
Sans calcul, sans retour escompté…
Son enthousiasme et ses compliments étaient tellement enflammés et dithyrambiques, que j’en étais presque gêné. Et en même temps ravi…
A un point dont vous n’avez pas idée…
Il me disait même avoir fait des pauses volontaires en cours de lecture, pour savourer plus longtemps et augmenter le temps de dégustation.
C’est ce que mon ami « Gégé de Grenoble » appelle le « lecturus interruptus » ! (à pratiquer, pour les épicuriens !).
Bref, j’ai une nouvelle mascotte, c’est mon « Poulbot de Ménilmuche ».
Je vais continuer ma relation épistolaire avec lui.
Continuer à lui écrire et à correspondre, à essayer de lui faire un peu plaisir, juste comme ça.
Parce que j’ai le sentiment que c’est bien, tout bêtement.
J’ai un nouveau pote, les amis.
Il s’appelle Raymond, et il habite à l’île d’Oléron…
Je suis content, j’ai trouvé une photo d’hirondelle pour illustrer cette bafouille.
Faudrait juste que ces deux larmes me foutent la paix, maintenant…
Biz à tous
Pascal
Ami du poulbot de Ménilmuche.